Dans le cadre de mes expertises, je suis régulièrement amenée à consulter des documents techniques de référence. Parmi eux, trois guides publiés par l’IFSTTAR en 2017 et consacrés au retrait-gonflement des sols argileux apportent des informations particulièrement intéressantes sur les fissures liées à la sécheresse.
Je vous propose, dans cet article, de reprendre quelques enseignements utiles à partir du guide n°2, consacré à la protection des maisons face aux effets de la sécheresse.
En Gironde, de nombreuses maisons sont implantées sur des terrains susceptibles d’être sensibles aux variations de teneur en eau. Ces questions se rencontrent donc régulièrement : pourquoi une maison se fissure-t-elle après une période sèche ? Quel rôle jouent les eaux pluviales, la végétation, les fondations ou encore les aménagements autour du bâtiment ?
Pourquoi un sol argileux peut-il provoquer des fissures ?
Les sols argileux ont la particularité de réagir aux variations de leur teneur en eau. Lorsqu’ils s’assèchent, leur volume peut diminuer : c’est le phénomène de retrait. Lorsqu’ils se réhumidifient, ils peuvent au contraire augmenter de volume.
Le problème apparaît surtout lorsque ces mouvements ne sont pas uniformes sous la construction. Une partie des fondations peut alors être davantage sollicitée qu’une autre. Ces mouvements différentiels sont susceptibles d’entraîner des fissures dans les murs, les planchers ou certains ouvrages attenants.
Une fissure apparue après une sécheresse ne permet donc pas, à elle seule, de conclure à un phénomène de retrait-gonflement des argiles. Le guide rappelle que d’autres facteurs peuvent intervenir : hétérogénéité du sol, pente, défaut de conception ou de construction, terrassements réalisés à proximité, notamment. Plusieurs causes peuvent également se combiner.
La gestion des eaux autour de la maison : un point essentiel
L’un des enseignements importants du guide concerne la maîtrise de l’eau autour de la construction.
Il ne s’agit pas seulement d’éviter un excès d’eau. Sur un terrain argileux, l’objectif est surtout de limiter les variations importantes et localisées de teneur en eau à proximité des fondations.
Les descentes d’eaux pluviales, les regards, les canalisations enterrées, les pentes du terrain et les points d’infiltration doivent donc être observés avec attention. Une descente mal raccordée ou un regard non étanche peut humidifier localement le terrain. Il en va de même lorsque les eaux stagnent à proximité du bâtiment. À l’inverse, certaines zones très exposées peuvent s’assécher davantage.
Le guide insiste sur l’intérêt d’éloigner les eaux pluviales des fondations et d’aménager le terrain de manière à favoriser leur évacuation. Il attire également l’attention sur l’étanchéité des réseaux enterrés. Une fuite peut modifier localement les conditions hydriques du sol et participer à la déstabilisation d’une partie du bâtiment.
C’est pourquoi, lors d’une expertise fissures, l’examen ne se limite pas aux façades. Les regards, descentes d’eaux pluviales, pentes, terrasses, réseaux visibles et points de rejet peuvent apporter des informations importantes.
Les arbres peuvent-ils être responsables des fissures ?
La végétation constitue un autre élément à prendre en compte.
Les arbres et arbustes prélèvent de l’eau dans le sol. Sur un terrain argileux sensible, leur système racinaire peut contribuer à accentuer localement l’assèchement du terrain à proximité des fondations.
Il serait cependant trop simple d’en conclure qu’un arbre proche d’une maison doit systématiquement être abattu.
Le guide souligne toutefois qu’après la suppression d’un arbre ayant maintenu durablement le terrain dans un état relativement sec, le sol peut progressivement se réhumidifier et gonfler. L’abattage d’une végétation ancienne doit donc être apprécié avec précaution. Il faut le replacer dans le contexte du bâtiment et du terrain.
Plusieurs éléments doivent être pris en compte : la distance entre l’arbre et la maison, son développement et son espèce. La nature du sol et la présence éventuelle de racines à proximité des fondations comptent également.
Pourquoi les aménagements autour de la maison ont-ils leur importance ?
Terrasses, trottoirs, allées et autres aménagements périphériques modifient eux aussi les échanges entre le sol et l’atmosphère.
Le guide IFSTTAR présente le principe d’une protection périphérique du sol. Son objectif est de limiter l’assèchement par évaporation, mais aussi l’arrivée directe des eaux de ruissellement au pied des façades. Pour les constructions neuves étudiées dans le guide, cette protection peut prendre la forme d’un trottoir périphérique ou d’un dispositif utilisant une géomembrane.
Cette deuxième solution est intéressante à retenir : l’objectif recherché n’est donc pas nécessairement de réaliser une dalle en béton autour de la maison.
Le guide décrit également une membrane protégée par une couche de forme. Celle-ci peut recevoir par exemple des pavés ou de la terre végétale. Une pente permet alors d’éloigner les eaux du bâtiment.
Pour une maison existante, cela ne signifie évidemment pas qu’un tel dispositif doit être mis en œuvre systématiquement. La solution doit rester adaptée à la configuration du bâtiment, au terrain et aux désordres observés.
Quel rôle jouent les fondations ?
La profondeur et la conception des fondations ont également leur importance.
Le sol ne réagit pas toujours de la même manière sous toutes les parties de la construction. Ces différences de comportement peuvent provoquer des mouvements préjudiciables. L’influence de ces variations tend à diminuer lorsque les fondations sont implantées plus profondément. Le guide rappelle également l’importance du chaînage et d’une conception permettant à la structure de mieux supporter les mouvements différentiels.
Sur une maison existante, les caractéristiques réelles des fondations ne sont cependant pas toujours connues. Les plans peuvent être absents et les fondations ne sont généralement pas directement visibles.
Lorsqu’il devient nécessaire de préciser leur profondeur, la nature du sol ou les conditions d’assise du bâtiment, des investigations complémentaires peuvent alors être envisagées.
Une fissure après sécheresse signifie-t-elle forcément retrait-gonflement des argiles ?
Non.
La concordance entre une période de sécheresse et l’apparition ou l’évolution de fissures constitue un élément à prendre en compte, mais elle ne permet pas, à elle seule, d’établir leur origine.
Il faut notamment examiner la configuration des fissures, leur évolution, le bâtiment dans son ensemble et son environnement.
En pratique, plusieurs éléments peuvent être recherchés :
- apparition ou évolution récente des fissures ;
- orientation, ouverture et localisation des désordres ;
- déformations associées ;
- comportement des portes et fenêtres ;
- nature connue ou supposée du terrain ;
- présence d’arbres ou d’une végétation importante ;
- fonctionnement des eaux pluviales et des réseaux ;
- pente du terrain et aménagements autour de la maison ;
- différences de construction entre plusieurs parties du bâtiment.
L’objectif est de rechercher une cohérence entre les désordres observés et les causes susceptibles de les expliquer, plutôt que d’attribuer automatiquement les fissures à la sécheresse.
Et en Gironde et dans les départements voisins ?
En Gironde, le retrait-gonflement des argiles est un phénomène particulièrement présent. Les formations géologiques argileuses recouvrent près des deux tiers de la superficie du département et seules neuf communes ne sont pas concernées par le phénomène.
Cette problématique ne concerne pas uniquement la Gironde. Elle se rencontre également dans les départements voisins où j’interviens : Charente, Charente-Maritime, Dordogne, Lot-et-Garonne et Landes. L’exposition peut cependant varier fortement d’un secteur à l’autre. La carte nationale d’exposition au retrait-gonflement des argiles , actualisée en 2026, permet de consulter le niveau d’exposition d’un territoire. À l’échelle nationale, les zones d’exposition moyenne ou forte couvrent désormais 55 % du territoire hexagonal . Elles concernent environ 12,1 millions de maisons individuelles.
Parmi les départements dans lesquels j’interviens, la Dordogne et le Lot-et-Garonne font d’ailleurs partie des onze départements retenus pour l’expérimentation du Fonds de prévention argile, destiné à tester des mesures de prévention sur des maisons existantes particulièrement exposées. Les actions étudiées concernent notamment la gestion de l’eau, de la végétation et l’imperméabilisation des sols à proximité des habitations.
Ces données donnent une idée de l’importance du phénomène, mais elles ne permettent pas, à elles seules, d’expliquer les fissures d’une maison. L’analyse doit rester faite à l’échelle du bâtiment et de son environnement. Deux maisons proches peuvent présenter des situations différentes selon la nature du terrain, les fondations, la végétation, les pentes, les réseaux ou encore la gestion des eaux.
Une actualité récente en Gironde
Cette problématique est également très actuelle localement. Par arrêté interministériel du 11 septembre 2026, publié au Journal officiel le 22 septembre 2026, les communes de Cadaujac et Beychac-et-Caillau ont été reconnues en état de catastrophe naturelle. Cette reconnaissance concerne les mouvements de terrain différentiels consécutifs à la sécheresse et à la réhydratation des sols, pour la période du 1er janvier au 31 décembre 2025.
Cette reconnaissance ne signifie toutefois pas que toute fissure constatée sur une maison de ces communes est nécessairement imputable au retrait-gonflement des argiles. L’origine des désordres doit toujours être appréciée au regard du bâtiment, du terrain et de son environnement.
Les sinistrés disposent de 30 jours à compter de la publication de l’arrêté au Journal officiel pour déclarer leur sinistre à leur assureur.
Que faire lorsque des fissures apparaissent ?
La première étape consiste à observer et à conserver des éléments permettant de suivre la situation : photographies datées, localisation des fissures, évolution éventuelle de leur ouverture ou apparition de nouveaux désordres.
Selon les constatations, une surveillance dans le temps peut être pertinente. Dans d’autres situations, les désordres ou leur évolution peuvent justifier des investigations complémentaires, notamment sur les réseaux, les fondations ou le sol.
Une expertise fissures permet de replacer les désordres dans leur contexte et d’examiner les causes probables. Elle permet également d’orienter les suites adaptées : surveillance, vérifications complémentaires, étude géotechnique lorsqu’elle est justifiée, ou mesures portant sur l’environnement du bâtiment.
Une précision importante sur le guide utilisé
Le guide IFSTTAR n°2 est destiné en premier lieu à la construction de maisons neuves. Les principes qu’il développe sur la gestion de l’eau, la végétation, les fondations et les protections périphériques sont néanmoins particulièrement intéressants pour comprendre les mécanismes susceptibles d’intervenir autour d’une maison existante. Ses recommandations ne remplacent pas une étude adaptée à la situation particulière du bâtiment.
Source
IFSTTAR et CSTB — Retrait et gonflement des argiles – Protéger sa maison de la sécheresse : conseils aux constructeurs de maisons neuves, Guide 2, 2017

